Segou'Art

Festival on Niger

Theme : « Identities and Migrations »

4|5|6|7|8|9 February 2020

Ségou’Art 2019 : La galerie Alain Nadaud explore l’être à travers des merveilles de Tunis

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Dans le cadre de la 2ème édition de Ségou’Art, une forte délégation tunisienne a séjourné à Ségou du 2 au 9 février 2019. Et, pour construire ce pont tant souhaité entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche (entre le nord et le sud de l’Afrique), les tunisiens sont pas arrivés les mains vides à Ségou. Ils avaient dans leur gibecière une exposition collective proposée par la galerie Alain Nadaud. « La fenêtre ouverte sur l’être » a été l’une des attractions de Ségou’Art 2.

A Ségou’Art 2019, la galerie Alain Nadaud de la Tunis a proposé aux professionnels des arts plastiques et au public de Ségou, de voir le travail du collectif d’artistes « Émouvance des émouvants ».

Composé de 17 artistes d’âges variés (jeunes et personnes d’un âge avancé), d’hommes et de femmes, « Émouvance des émouvants » a transposé son dynamisme vibrant à Ségou, en explorant la thématique : Être. « La fenêtre ouverte sur l’être » est une invitation à la réflexion sur une question existentielle. Qui sommes-nous ? Sommes-nous la perception de l’autre, ou bien sommes-nous ce que nous voulons que l’autre perçoive de nous ?

C’est à cette réflexion que l’exposition « Fenêtre ouverte sur l’être » du collectif « Émouvance des émouvants » de la Tunisie, nous invite. Cette exposition interroge l’ « être » et veut être perçue comme une conquête du monde dans sa « chaire » par l’art. « Notre matière, se sont les émotions » a indiqué Neila Mhiri, Commissaire de l’exposition. Selon elle, la démarche de « Émouvance des émouvants » vise à travailler sur les émotions des artistes pour les amener à produire des œuvres émotives.

Et, en terme d’émotion, la joie, la colère, la peur, la surprise, le dégoût et la tristesse , ont été revisités dans cette exposition, à travers une œuvre faite de cravates et intitulées « Nœuds d’Emotions sans col ». Cette œuvre laisse transparaitre la quête permanente de soit. A l’origine utilisée pour se donner une certaine allure vestimentaire, la cravate est devenu un symbole de pouvoir et de puissance dans nos sociétés. Et, la ramené dans son contexte originel aidera plusieurs personnes à redevenir eux-mêmes. « Le pouvoir n’appartient plus aux politiques. Il revient désormais à l’être. Et cela doit être compris par tous », a indiqué la Commissaire de l’exposition Neïla Mhiri.

« Renoué avec son être, retrouver notre réalité, notre vérité », semble être une préoccupation forte dans la démarche artistique du Collectif « Émouvance des émouvants ».

Comme une fenêtre s’ouvrant sur un jardin, à travers l’exposition « Émouvance des émouvants », tente de scruter nos intérieurs pour savoir ce que nous sommes en réalité. Et, pour le dire avec force, chacune des 6 œuvres collectives de cette exposition est traversée par cette quête de l’être.

A travers l’installation et la performance, l’exposition la « fenêtre ouverte sur l’être » résonne comme un appel à la libération de l’être, afin que l’esprit de créativité inné en chaque être humain prenne le dessus, pour nous conduire loin de l’obscurantisme qui a tendance à s’emparer du monde.

Et, pour le dire, les artistes n’ont pas fait que dans la dentelle. L’œuvre « Fenêtre du beau sur jardin », loin d’exposer une nudité obscène, transpire la libération de l’être à travers l’image de 4 femmes nues, probablement dans un sauna, où un voile de dentelle s’installe dans un dilemme : cacher la pudeur, mais laisser voir l’essentiel. Et, ici l’essentiel c’est le regard lointain de ses 4 génitrices de l’humanité à la quête de l’être qui est mis en exergue. Ici, la sensualité est utilisée pour dégager une grande énergie à nous transporter vers ce que nous sommes en réalité. « Fenêtre du beau sur jardin » est une œuvre fragmentée en carrés. Les espaces blancs du tableau nous rappelle notre encrage terrestre et les courbures des formes de nos 4 belles nues, ont été voulu pour matérialiser le côté céleste de l’être. « La photo fragmentée en carrés subtilisés par la finesse de la dentelle expose quatre êtres dépourvus d’artifices, déployant leurs vulnérabilités à la lumière et abolissant, ainsi, toute forme de peur. Dans une longue étreinte avec leur profonde nature, elles sont élevées aux rangs de déesses par le rite de la peinture », a indiqué la Commissaire de l’exposition.

Ensuite, dans une démarche dichotomique qui expose l’ambivalence de chaque humain, les artistes tunisiens ont proposé une œuvre suspendue dans la salle, entre ciel et terre, donc entre espace et temps, pour qu’elle déploie son endroit dénommé « Tapis d’Amour inachevée » et son envers appelé « Géographie du Tendre ». Cette démarche permet d’exposer en même temps notre intérieur et notre extérieur pour mettre l’accent sur le fait qu’en chaque humain, deux faces se balancent selon les fluctuations de l’environnement. Difficile dans ce cas de faire la frontière entre le mensonge et la vérité. Et, dans la même vaine le Collectif « Emouvance des mouvances », à travers l’ « Alètheia » invite à une réhabilitation de l’être par une action artistique. Pour ce faire une œuvre inachevée a été exposée pour recevoir la contribution des différents visiteurs, afin qu’elle devient ce qu’elle doit être. Et, enfin, dans un tissage de laine sur toile de jute de 250 cm sur 160 cm, les artistes tunisiens ont émerveillé les maliens par leur ouverture sur le Mali, tant ils ont retrouvé une similitude entre les défis auxquels nos deux pays font fassent. L’ « œuvre Interflag » devra rester dans musée au Mali, pour témoigner du premier passage du Collectif « Emouvance des émouvants » à Ségou’Art 2019. Cette œuvre, mélange du drapeau malien et tunisien est métaphoriquement fort de sens. « Déterritorialiser et surmonter un état de laitance commune au Mali et à la Tunisie », est le message artistique de cette approche. Elle met en exergue, le rouge qui unit les drapeaux de ces deux pays. En plus du symbolisme commun entre le rouge du drapeau des deux pays, la démarche artistique invite le Mali et la Tunisie à transformer leur blessure en énergie positive qui doit les unir pour un avenir meilleur, face à l’obscurantisme d’aujourd’hui, comme ce fut le cas face à d’autres défis. Ecoutez les artistes, et le monde se porterait bien et mieux.


Assane Koné